LE SAUVETAGE DES ENFANTS JUIFS
Actions communes de la Section juive de la Main-d’œuvre immigrée (M.O.I.) et du MNCR
Le Mouvement National contre la barbarie raciste, conçu au printemps 1941, jette les bases du Mouvement National Contre le Racisme, (MNCR), créé au cours de l’été 1942 à l’initiative de la section juive clandestine de la M.O.I. Le MNCR apporte, notamment, son aide à l’Union des Femmes Juives (UFJ), liée à « Solidarité », l’organisation clandestine d’entraide et de Résistance de la section juive. Dès fin août/septembre 1942, « Solidarité » et le MNCR publient, ensemble, un document qui témoigne des prémices du génocide en dévoilant l’atrocité de ce « sombre jeudi » du 16 juillet 1942 au Vel’ d’Hiv.
Le MNCR souhaite amener la population française à manifester sa solidarité avec les Juifs. Il s’appuie essentiellement sur des Juifs communistes et des militants chrétiens. Pour le sauvetage des enfants juifs, le MNCR et la section juive de la M.O.I. conduisent des actions communes avec des organisations juives non-communistes, comme l’Œuvre de Secours aux Enfants , (OSE), le Comité Amelot, ou les Éclaireurs Israélites de France(EIF). Ils s’associent également avec le groupe formé autour de la publication clandestine Témoignage Chrétien. De son côté, la Women’s International Zionist Organization (WIZO) organise aussi des opérations de sauvetage.
L’Église catholique, dans son ensemble, soutient le régime de Vichy mais des curés et des religieuses, insoumis ou compatissants, secourent des enfants juifs. Quelques ecclésiastiques de haut rang s’insurgent publiquement contre les mesures anti-juives du pouvoir en place.
À la mi-août 1942, Charles Lederman, résistant, co-fondateur du MNCR, est alors responsable, à Lyon, du bureau de l’Œuvre de Secours aux Enfants. Au nom de l’OSE et avec l’accord de la section juive de la M.O.I., dont il est l’un des dirigeants, Lederman rencontre Monseigneur Saliège, archevêque de Toulouse, et l’informe de la situation des Juifs dans les camps d’internement. Il lui révèle également les déportations dont les juifs sont les victimes. Mgr. Saliège fait diffuser rapidement une pastorale en faveur des Juifs. Le texte est lu dans toutes les églises de son diocèse.
Contacté par des résistants, à l’initiative de Charles Lederman, Monseigneur Théas, évêque de Montauban, fait lire également dans son diocèse, une lettre pastorale appelant les chrétiens à soutenir leurs « frères juifs ».
Grâce au combat commun du MNCR et de la section juive de la M.O.I., et à l’intervention de Monseigneur Saliège, de l’abbé Glasberg et du père Pierre Chaillet, des couvents sont ouverts aux enfants. L’église réformée est présente aussi, notamment au Sud, dans la protection des persécutés ; des pasteurs protestants comme Marc Boegner ou André Trocmé sont nombreux à prendre en charge les enfants juifs.
1016 Juifs raflés dans la région, sont rassemblés en août 1942, dans le camp de Vénissieux près de Lyon. Le plus grand sauvetage d’enfants juifs entrepris en France pendant la Seconde Guerre mondiale s’organise alors. Grâce à une incroyable chaîne de sauveteurs juifs et non juifs (OSE, EIF, UFJ, l’Amitié Chrétienne, la Cimade, le Service social des étrangers (SE), les Traminots de Lyon…), le cardinal Gerlier. Les 108 enfants du camp seront tous sauvés. Les organisations de Résistance de la zone sud liées à la section clandestine juive de la M.O.I., soutiennent ces actions et y participent.
Autres actions de sauvetage
À partir de 1942, des réseaux, tels que le réseau André, le réseau Garel, ou, plus tard en 1943, le réseau Marcel, à Nice (avec l’intervention de Mgr Rémond, du couple Abadi et les pasteurs Evrard et Gagnier)) s’emploient aussi à sauver des enfants juifs.
Le 16 février 1943, rue Lamarck à Paris, dans un foyer de l’Union générale des Israélites de France (UGIF), des dizaines d’enfants, sont exfiltrés pour les sauver de la déportation à brève échéance. L’opération est menée à bien grâce à l’action coordonnée par Paul Vergara, pasteur de l’Oratoire du Louvre à Paris, Sophie Schwartz pour l’Union des Femmes Juives et Suzanne Spaak pour le MNCR.
Depuis Drancy, les malades juifs, adultes et enfants, sont transférés à l’hôpital Rothschild avant leur déportation. Des soignants organisent des filières d’évasion pour les enfants hospitalisés. En représailles, des membres du personnel de cet hôpital seront déportés par les nazis.
Les actions de sauvetage sont très minoritaires, certes, mais dans la France entière, des groupes, des personnes, souvent anonymes, s’emploient à protéger des vies.
Ceux qu’on a appelés plus tard les Justes sont les Français non-juifs qui, au péril de leur vie, ont caché et sauvé des adultes et des enfants juifs, qu’il s’agisse de villages entiers ou d’initiatives individuelles ou familiales dans diverses régions du pays.
D’une manière générale, le MNCR et la section juive de la M.O.I. visent un triple objectif : protéger et sauver les enfants juifs, informer le pays de la barbarie nazie et libérer la France de l’Occupant.


